Le partage digital des savoir-faire : une révolution pour l'emploi ?

 

Les enjeux de la formation métier et de l’apprentissage

Pôle emploi, dans une note publiée en février 2016, estime qu’il y a près de 190 000 offres d’emploi non pourvues en France en 2015.  La moitié proviendrait de l’inadéquation des candidats au poste proposé, laissant à penser qu’il y a un décalage entre les formations métiers existantes et les besoins des entreprises.

Dans son étude de 2015, France Stratégie prévoit la création d’environ 800 000 emplois d’ici 2022 en France avec le départ en retraite des baby-boomers et la forte demande dans les métiers des services aux particuliers et aux collectivités.

Deux chercheurs de l'université d'Oxford, Carl Benedict Frey et Michaël Osborne, affirment dans une étude parue en 2014 que 47 % des métiers seront automatisés d’ici 20 ans.

On mesure à travers ces trois éléments l’importance des enjeux liés à la formation métier et à l’apprentissage.

 

Du partage des biens et services au partage des savoir-faire

L’économie du partage repose sur le postulat que tout individu dispose d’un capital – bien, capacité à délivrer un service, … - qu’il peut s’il le souhaite partager avec d’autres.

La rupture numérique provient de la libération de ses capacités à délivrer son offre et à accéder à celle dont il a besoin de manière autonome, combinée à un modèle de partage « marchand » basé sur une plateforme 100% digitale. Des sites comme Air'bnb ou Uber en sont des exemples.

Cependant, cette nouvelle économie, non seulement ne résout pas le problème de l’emploi, mais elle pourrait bien l’accentuer. Beaucoup d’économistes sont en effet dubitatifs sur sa capacité à créer globalement de la valeur et prédisent que les emplois qu’elle crée ne pourront compenser les emplois qu’elle détruit, ajoutés à ceux détruits à la fois par la robotisation dans l’industrie et par l’automatisation dans les métiers du service.

Au-delà du partage des biens et des services, il faut donc aller plus loin avec le partage des savoir-faire. Il permet en effet d’accroître la capacité des individus à produire de la valeur. Il dynamise le marché de l’emploi.

Apprendre un métier, c’est avant tout découvrir comment l’exercer en situation, quels comportements adopter, comment développer un esprit d’initiative et faire face à l’imprévu… Au-delà des connaissances à acquérir, il s’agit de développer des compétences, que l’économiste Yann Algan qualifie de compétences non cognitives.

Pour y répondre, dans un précédent article « Apprendre en jouant en ligne, la voilà la solution » je mets en avant les serious games d’apprentissage en ligne. En confrontant l’apprenant à des situations de travail au plus près du réel, ils lui font acquérir par le jeu et dans l’action, les savoir-faire et les comportements à adopter. Le modèle du simulateur de vol des pilotes, appliqué à tous les métiers !

La libération des capacités de partage des savoir-faire passe par une plateforme digitale qui met la production des serious games à la portée de tout formateur ou expert métier, indépendant ou en entreprise, partout à travers le monde.

C’est déjà ce qui se fait largement pour le partage des savoirs – compétences cognitives - via des vidéos sur les plateformes MOOC, Youtube et les réseaux sociaux.

Les travaux d’experts décrivant les procédés et les outils à mettre en œuvre pour fabriquer ou délivrer tel ou tel produit ou service, le plus souvent sous-exploités, gagneront ainsi à être transformés en serious games d’apprentissage. 

Les équipes pédagogiques des centres de formation professionnelle, souvent inefficaces dans les pays en développement faute de personnel qualifié et d’équipements adaptés, pourront s’approprier ce nouveau média pour diffuser leurs savoir-faire.

Les professionnels partant en retraite trouveront là le moyen de transférer leurs connaissances aux jeunes générations, incités en cela par les entreprises qui souhaitent capitaliser leurs savoir-faire ou motivés par un revenu supplémentaire et un prolongement de leur activité.

 

Des conséquences significatives pour l’emploi

Toute personne disposant d’un smartphone, d’une tablette ou d’un ordinateur connecté à internet pourra accéder à ces jeux d’apprentissage métier.

En activité, elle pourra acquérir de nouveaux savoir-faire pour accroître ses compétences et donc sa productivité à son poste de travail.

Au chômage, elle améliorera son employabilité en se formant au métier pour lequel il y a une forte demande non satisfaite.

Elle pourra aussi créer son propre emploi si elle dispose des aptitudes requises, par exemple pour exercer un métier de service à la personne, ou si elle possède les ressources nécessaires pour se lancer dans un métier agricole ou artisanal.

On imagine ainsi le formidable potentiel pour l’emploi, d’un partage mondial des savoir-faire métier dans des domaines comme les services, l’agriculture, la santé, …

Par ailleurs, les jeunes pourront découvrir par le jeu la palette des métiers qui s’offre à eux, ce qui facilitera ou consolidera leur choix d’orientation ou de réorientation pour telle ou telle filière métier diplômante.

 

Oui, on peut transformer des connaissances aussi complexes que celles qui constituent un métier en des jeux pédagogiques 

Des années de recherche ont débouché très concrètement sur une méthode de « Business Game Design », un outil de production de serious games et un simulateur de situations de travail.

La méthode de Business Game Design est basée sur des représentations des environnements métier – structures, postes de travail, équipements...- et des modèles de scénarisation des processus de fonctionnement – événements, activités, ….

L’outil de production est un outil en ligne (Saas), simple d’utilisation, qui met en œuvre la méthode pour créer visuellement son univers métier en 3D et scénariser graphiquement les mises en situation de travail avec les procédures à appliquer, les comportements à adopter, les outils et logiciels à utiliser.

 

 

Le simulateur exploite ces scénarios pour immerger l’apprenant dans un véritable jeu vidéo de simulation de sa journée  de travail ; plongé dans un univers visuel en 3D très réaliste, il se voit confronté à une succession de situations reproduisant des cas réels ; il relève des défis, réalise des actions, fait des choix, prend des décisions, réagit à des aléas, comme dans la vraie vie ; des feedbacks l’encouragent dans ses bons choix, pointe ses erreurs, lui délivrent les bonnes pratiques et le corrige sur les comportements à adopter !

La plateforme collaborative favorise les échanges entre les sachants – les experts métier - et les concepteurs. Pour des jeux portant sur des métiers complexes, le formateur vient compléter cette équipe en apportant tout son savoir-faire pédagogique.

 

En conclusion, le partage digital des métiers s’annonce comme une nouvelle rupture qui,

en libérant les capacités de production et d’accès à des serious games d’apprentissage métier,

vient booster le développement et l’emploi.


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